Comme si de rien n’était…
Le 15 mars prochain se tiendra le premier tour des élections municipales. La plupart des listes se sont d’ors et déjà constituées et déclarées, et la période électorale semble devoir se dérouler plus ou moins comme d’habitude. La désespérante banalité de cette élection apparaît curieusement rassurante, de prime abord, face aux grands désordres du monde, à la violence généralisée, à la crise économique et politique : « ça, au moins, ça va se passer comme d’habitude », semblent se dire beaucoup de nos compatriotes, encouragés en cela par une presse du Capital qui, plus que jamais, participe à leur engourdissement citoyen, leur conservatisme de l’habitude, leur passivité servile.
Tout le monde a bien fini par le comprendre : nous sommes en guerre. Le narratif nous est asséné quotidiennement : la Russie serait un monstre génocidaire, prêt à déferler sur l’Europe entière, après avoir détruit la malheureuse Ukraine, et il serait de notre devoir de gentils occidentaux d’aller « assurer la paix » sur place tout en se tenant prêt à affronter directement la Russie si elle cherche la guerre. Evidemment, on ne nous dit rien sur le fait que les capitalistes occidentaux sont ravis de cette guerre et de l’asservissement qu’ils organisent de l’Ukraine. Rien sur la réalité de l’Ukraine : des milliers de gens enlevés et recrutés de force dans l’armée, la suppression du code du travail, la répression de l’opposition, la réhabilitation de la collaboration et des pogroms. Et, bien sûr, rien sur les agressions venues du monde occidental : Emmanuel Macron a servilement salué l’opération de Trump au Venezuela et, s’agissant du Groenland convoité et menacé par ce fasciste étasunien, il a envoyé quelques soldats pour protéger ce territoire… contre la Russie et la Chine. La réalité, c’est que les capitalistes occidentaux, tout comme leur concurrent russe (évidemment horrible et fasciste), utilisent le prétexte ukrainien pour une guerre générale de repartage du monde.
Evidemment, tout cela a bien un rapport avec les municipales et la gauche. Le chef d’état major des armées, peu de temps avant qu’il ne remette la légion d’honneur à son homologue ukrainien que ses propres troupes surnomment « Le boucher » pour sa tendance à les envoyer massivement à la mort, a appelé les maires de France à participer à la marche à la guerre : préparation des masses à accepter l’idée d’un conflit ouvert avec la Russie, via un bourrage de crâne suffisamment important pour leur faire accepter l’idée d’ « accepter de perdre nos enfants [et] souffrir économiquement », pour la fierté de la Nation (en réalité les industriels, cf. Anatole France). De fait, on peut compter sur eux, puisque les principaux partis du pays soutiennent cette démarche, avec seulement quelques nuances. Entre le Parti socialiste (qui oeuvre à assurer la stabilité du gouvernement de droite) et les Verts qui assument, comme le très droitier et sanguinaire Glucksmann vouloir la guerre autant que la droite, LFI et le PCF qui veulent bien mais sous contrôle de l’ONU et en fantasmant une France gaulliste « avec une voix singulière », singeant le droitier Villepin, la « gauche » autoproclamée est d’accord. Il s’agit d’ailleurs plus d’une post-gauche voire d’une anti-gauche, à ce niveau. La seule « opposition » à l’occident capitaliste dont ils sont capables, c’est de rêver d’un gaullisme social allié à l’axe sino-russe, avec un attrait romantique pour l’islamisme et un antisémitisme (voir plus bas).
Il s’agirait, pour une Gauche qu’on pourrait qualifier d’historique, de porter ses valeurs et de savoir les transmettre au peuple. Malheureusement, l’ambiance actuelle autour des municipales est à la négation de ce genre de questions. Il y a une forme d’insouciance qui inquiétera n’importe-qui prêtant attention à la conjoncture actuelle des remous politiques en France.
Les maires de gauche devraient déjà être sur le coup. Ils devraient déjà être en train de faire campagne contre la guerre, d’essayer de convaincre leur population de rester vigilante quant aux discours officiels et propagandistes pro-guerre… quitte à se mettre l’Etat à dos. La politique c’est savoir prendre position, savoir parler d’avenir, présenter un horizon, et quand on est à gauche, c’est savoir faire tout ça dans l’intérêt des masses laborieuses, avec elles, pour permettre à leur idées de se développer dans la contradiction et l’opposition avec les bourgeois qui cherchent à les réduire en travailleurs silencieux au mieux, ou en cadavres en treillis au pire.
Il en va de même avec le narcotrafic qui se développe de manière fulgurante dans toutes les grandes et moyennes villes de France, sous le regard tantôt distrait et distant, tantôt complice et bienveillant des maires. On se souvient des propos d’Eric Piolle : « quand il ne reste que des attaques sur la sécurité et la propreté, ça veut dire qu’on a gagné quelques batailles par ailleurs, car on peut toujours se dire qu’une ville n’est pas assez propre et pas assez sûre ». Il ajoutait, au sujet de la sécurité : « je m’en fous un peu » et « des fusillades, il y en a partout ». Vu d’Auvergne, et notamment de Clermont-Ferrand, cela ne peut que nous faire bondir. En effet, les violences et les fusillades se sont multipliées, au point que la ville est passée sous le dispositif « ville sécurité renforcée » pour une efficace toute relative, puisque les points de deal reparaissent à peine plus loin que là où ils étaient. Les bandes rivales s’affrontent, des commerces douteux où semble s’organiser le blanchiment continuent leur activité, des quartiers entiers ne sont plus sûrs.
La guerre à la guerre ne suffit même plus, dans le contexte actuel. Il faut également faire la guerre aux entrepreneurs criminels qui gèrent leur business mortifère en seigneurs féodaux à qui tout le monde doit allégeance et respect du territoire sous peine de s’exposer à leur violence. Face à ça, il devient rapidement évident qu’aucune institution bourgeoise ne sera jamais à la hauteur lorsqu’il s’agira de lutter contre ces fascistes marchands de drogue. Seul un Etat populaire saurait faire régner une justice et aurait les moyens tant culturels qu’humains d’écraser les cartels et les mafias, et de punir et réhabiliter les consommateurs qui les financent et se rendent coupables de leur montée en puissance et de tout le cortège de destruction et de soumission qui en découle. Il faudra d’ailleurs opposer à ces machistes féodaux des milices de femmes car elles sont les premières victimes des cartels, la drogue amenant avec elle la prostitution et les violences domestiques. Le féminisme passe aussi par là, dans la lutte concrète pour le pouvoir populaire, loin de l’affichage mièvre des libéraux qui croient en relever.
Il y a eu une époque où le PCF assumait ces thématiques, et savait en parler sans craindre de se faire associer à la droite, car il avait encore conscience que se battre pour l’ordre social c’était se battre pour la paix et la vie heureuse. Aujourd’hui, s’opposer au libéralisme est vu comme une attitude droitière voire fasciste, et plutôt que de défendre ses valeurs historiques, la gauche a préféré abandonner ses principes par clientélisme. Le résultat est donc là : la droite a progressé, la gauche a laissé faire, et on se retrouve dans ce contexte historique de décadence qui condamne les masses au réveil d’autant plus brutal et douloureux qu’il aura trop tardé.
En parlant de clientélisme, il faut aussi parler de l’antisémitisme délirant alimenté par une partie de la « gauche ». Bien insérée dans le capitalisme pourrissant, il lui faut bien trouver un moyen d’avoir l’air rebelle, et c’est l’anticapitalisme romantique, complotiste et moralisateur qu’elle mobilise pour ça. Soutien assumé au Hamas et harcèlement des Français juifs au nom d’un soutien factice aux Palestiniens, recyclage des poncifs sur la « Finance apatride » tout en cajolant le patronat, utilisation à outrance du thème bancal de l’ « islamophobie » pour séduire les « quartiers » : la France insoumise s’est fait une spécialité de recycer Jacques Doriot à la sauce post-moderne (ou « wokiste »). Et pourtant, face à cela, il se trouve des gens du PS et du PCF pour s’entendre avec eux aux municipales, comme si de rien n’était. L’antisémitisme est devenu un point de détail à gauche, et le clientélisme religieux, un passage obligé.
Il faudra bien reconstruire une gauche qui balaye les islamistes, brise les communautarisme féodaux, écrase l’antisémitisme et ceux qui le propagent. Il est clair que toute liste avec des LFI (ou équivalent) mérite d’être écrasée, quel que soit le contexte local.
Alors pour qui voter ? Difficile de conseiller quoi que ce soit, rien n’est réellement à la hauteur. Il faut déjà prendre conscience – pleine conscience – des enjeux historiques, et essayer de faire au mieux en fonction. Le vote au sein d’une république bourgeoise est une illusion, mais le fait est que la droite vote, elle. Et le fait est qu’il reste des gens de gauche qui ont encore une profondeur d’âme. Ce sera au cas par cas, essentiellement, et au barrage contre les réactionnaires.

